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L’art à fleur de peau de Mona Hatoum présenté au Centre Pompidou

du 24/06/2015
au 28/09/2015

Centre
Pompidou,
Paris

La vaste rétrospective de Mona Hatoum présentée par le Centre Pompidou permet de prendre toute la mesure de son travail qui n’a cessé de creuser simultanément la question du corps et du politique.

L’art de Mona Hatoum est difficile à ranger dans une case. Ses œuvres peuvent emprunter au minimalisme pour leur simplicité et rigueur comme avec son cube hérissé de limaille de fer (socle du monde, 1992-1993). Elle se rapproche parfois de l’esprit du surréalisme pour le détournement malicieux qu’elle fait subir à des objets du quotidien comme avec sa chaise roulante munie de lames tranchantes à la place des poignées (wheelchair, 1998). Elle touche également au pop-art avec la reprise d’ustensiles domestiques réutilisés à grande échelle comme ses râpes à légumes transformées en paravents menaçants (Grater Divide, 2002). Sans oublier que Mona Hatoum est également une représentante majeure de l’art vidéo et de la performance.

Pourtant, cette rétrospective de l’œuvre de Mona Hatoum présente une grande cohérence. Les œuvres ne cessent de se répondre en écho y compris dans la tension qu’elles installent. Il y a dans les pièces de Mona Hatoum une même sobriété, un même formalisme un peu froid mais plus profondément surtout une tension qui rend toujours ses pièces plus inquiétantes lorsqu’on s’en approche, qu’au premier regard. Certaines affutées comme des lames de rasoir ou mises sous tension électrique pointent clairement leur hostilité. Au-delà, le spectateur est placé en permanence dans une situation d’insécurité ou d’inconfort.

Présentation de l’exposition Mona Hatoum par le Centre Pompidou.

Mona Hatoum et le corps politique

Il est difficile de déterminer immédiatement une thématique unique dans l’œuvre de Mona Hatoum. Elle saisit parfois l’intime au plus près du corps notamment dans ses papiers imprégnés d’ongles, de cheveux et de fluides corporels. Tandis qu’ailleurs, son travail se fait radicalement social, notamment dans ses multiples représentations de planisphères. D’ailleurs, l’œuvre Map de 2015 qui pourrait être jugée décorative, prend ici à la faveur du télescopage avec l’actualité toute sa force politique. Un planisphère géant composé de billes en verre est étendu au sol le long d’une immense baie offrant une perspective sur l’ensemble de la ville. Face à cette représentation fragile du monde menaçant de se disloquer à tout instant et rendant improbable la notion de frontière, on ne peut s’empêcher de penser à la question des réfugiés qui se pose de manière très concrète à quelques mètres de l’autre côté de la vitre.

Ce qui permet de faire le lien entre politique et intimité chez Mona Hatoum, c’est sans doute la biographie qui affleure notamment dans la vidéo Measure of distance (1988) également présentée au Centre Pompidou. Sur les images de sa mère nue en train de se laver, est présentée la correspondance qu’elles échangèrent alors qu’elles avaient été séparées par la guerre. Mona Hatoum se retrouva bloquée en Angleterre lorsque la guerre éclata au Liban. Chez elle, l’intimité se retrouve en permanence confrontée à la politique, celle de la guerre ou de la condition féminine. Son travail montre le corps comme une construction politique.

Le regard perçant de Mona Hatoum

L’enchevêtrement du politique et de l’intime est d’ailleurs particulièrement sensible dans l’approche de Mona Hatoum du médium vidéo. Dans Don’t smile your on camera ! (1980), les deux registres deviennent en effet indiscernables. Elle se promène parmi les spectateurs caméra au point tandis qu’un écran diffuse l’image des corps dénudés ou radiographiés par l’objectif.

Elle innova également dans la mise en espace de la vidéo pour approfondir la question du rapport à autrui et au corps. Dans Corps étranger (1994), le public est invité à marcher sur la vidéo de la propre endoscopie de l’artiste. Dans cette descente vertigineuse, les repères spatiaux vacillent ; la frontière entre le dedans et le dehors devient réversible.

L’œuvre de Mona Hatoum instaure un trouble physique profond, celui de la mise en danger, de la perméabilité des frontières, de l’interdépendance de l’intime et du social. Elle ne cesse de nous interroger sur la manière dont nous sommes traversés par l’art, par autrui, par le monde et inversement.

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