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Parcours subjectif dans la biennale d’art contemporain de Lyon

du 10/09/2015
au 3/01/2016

Lyon

Pour chaque biennale ou foire d’art, la question du sens général de ces événements pléthoriques revient systématiquement. Avec la biennale d’art contemporain de Lyon de 2015, cette interrogation vient buter sur les mêmes apories et le titre, « la vie moderne », ne fournit comme souvent qu’une grille de lecture très partielle pour s’orienter dans le dédale artistique.

La biennale d’art contemporain de Lyon présente cette année une sélection très équilibrée. Toutes les régions du globe ainsi que les différents médias (peinture, sculpture, photographie, vidéo, installation, art sonore) y sont représentés à travers une sélection assez sage qui fuit les provocations et les polémiques. Chacun pourra faire son marché dans cette biennale très riche et de très bonne qualité. La présence de la vidéo et de l’art sonore est très marquante même si le dessin et la peinture y trouve également une actualité particulièrement éclatante avec l’œuvre de Tatiana Trouvé.

Présentation de la biennale d’art contemporain de Lyon.

La peinture hors les murs de Tatiana Trouvé

La salle consacrée à Tatiana Trouvé impressionne immédiatement par sa force plastique. On y retrouve son travail graphique dans une mise en espace saisissante. Les toiles quittent ici les murs blancs pour être montées sur plusieurs rangées de châssis ajourés. Des perspectives mouvantes apparaissent et viennent mettre en dialogue les œuvres des différents plans. Les architectures étranges représentées par l’artiste se connectent et se disloquent pour créer des espaces mentaux incertains et parfois inquiétants.

Salle de Tatiana Trouvé à la biennale d'art contemporain de Lyon

Ensemble d’oeuvres de Tatiana Trouvé présenté à la biennale d’art contemporain de Lyon

La biennale d’art contemporain de Lyon et l’art vidéo

La biennale d’art contemporain de Lyon réserve également quelques très bonnes surprises du côté des œuvres vidéo. Le Mac présente notamment la vidéo Nightlife de Cyprien Gaillard au pouvoir magnétique décuplé par l’usage de la technique 3D. On se laisse facilement envouter par les étranges chorégraphies nocturnes d’arbres et de plantes battus par le vent au son de deux semples reggae d’Alton Ellis (le refrain « I was born a loser », tiré de la version de 1969 de Blackman’s world, et sa version de 1971, où il est transformé en « I was born a winner », sous le titre Black man’s pride).

Derrière ces images aux couleurs surréalistes, des fragments d’un discours politique émergent entre une version du Penseur de Rodin, endommagé lors d’un attentat en 1970 à Cleveland et le seul des quatre chênes encore vivant qui furent offerts à Jesse Owens pour chacune de ses quatre médailles d’or aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936. Cyprien Gaillard poursuit son exploration de l’histoire et des signes culturels encrés dans le social en empruntant aux formes populaires du clip. Il est difficile de résister à ces boucles visuelles et sonores, à la beauté fragile, oscillant entre désir de révolte et contemplation désabusée, art du bégaiement et puissance séditieuse de la ritournelle.

C’est également une nature traversée de questions politiques que l’on retrouve dans les deux œuvres vidéo de Yuan Goang-Ming. Avec « Landscape of energy » à la Sucrière, la confrontation se fait frontale entre nature et technologie. Dans cette œuvre née à la suite du tremblement de terre du 11 mars 2011, les plans filmés par un drone survolant des résidences abandonnées et une centrale nucléaire de taïwan, épousent les mouvements d’une vague et distillent un puissant sentiment d’insécurité. Au Musée des Confluences, l’installation Before memory propose sur quatre écrans géants et à travers une vision à 360°, un travail de mémoire immersif avec une caméra qui se calque toujours sur le mouvement des flots mais cette fois selon un axe vertical. Le film révèle le contraste saisissant entre les nouveaux édifices en cours de construction de Taïpei et l’état de désolation des ruines abandonnées d’une mine de cuivre, sombre souvenir de la colonisation de Taïwan par le Japon au cours de la première moitié du XXe siècle.

Une biennale qui fait du bruit

L’art sonore n’est plus le parent pauvre de l’art contemporain. La biennale d’art contemporain de Lyon témoigne de cette évolution. A la Sucrière l’œuvre tonitruante de Céleste Boursier-Mougenot tient même une place centrale et vient rythmer la déambulation des spectateurs tout au long de leur parcours. Des noyaux de cerise tombés du plafond viennent percuter une batterie en fonction des rayonnements émis par les téléphones mobiles des spectateurs. Ce dispositif interactif rend sensible de manière humoristique les flux numériques, pour en prendre le contre-pied. Ces virgules sonores agissent comme un rire sarcastique qui vient se moquer de notre besoin d’être connecté en permanence.

L'oeuvre sonore de Céleste Boursier-Mougenot à la biennale d'art contemporain de Lyon

Aura Céleste de Boursier-Mougenot à la biennale d’art contemporain de Lyon.

C’est sans doute le même phénomène de saturation de notre environnement par la communication que vise l’œuvre de Darren Bader présentée au Mac. Quarante haut-parleurs diffusent simultanément plusieurs extraits sonores empruntés à des lectures aussi bien de l’Ancien Testament qu’à une recette de cuisine. Nous sommes ici plongés dans le brouhaha d’un savoir encyclopédique devenu fou et régurgité de manière chaotique. Les textes deviennent à peine identifiables lorsqu’on s’approche de l’une des sources.

On peut également y voir une image des biennales elles-mêmes. Ces manifestations pléthoriques peuvent donner le tournis. A l’opposé, les œuvres qui nous ont le plus marqué, donnaient l’impression de s’être données pour programme de résister à cette effet de saturation par la soustraction plutôt que de rivaliser pour en mettre plein la vue. De quoi y voir un enjeu fondamental de nos vies modernes.

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